Le programme économique de Juppé plomberait le PIB de près de 4 points

C'est devant un parterre de cadres supérieurs et de chefs d'entreprise acquis à sa cause qu'Alain Juppé a présenté la véritable potion amère que représente son programme économique. Il s'inscrit sans surprise dans la continuité des propositions élaborées par l'UMP depuis des années, et des mesures appliquées par Sarkozy et Hollande. 

Au programme, 100 milliards d'euros de baisse de dépenses publiques et 26,5 milliards d'euros de baisse d'impôts. 

Côté dépense publique, le report de l'âge légal de départ à la retraite devrait économiser 20 milliards d'euros d'ici 2022 (rien n'est moins sûr étant donnée la faible élasticité entre le report de l'âge légal et l'âge effectif de départ à la retraite, ainsi que du manque à gagner lié à l'indemnisation plus longue de seniors au chômage). Il est également prévu de puiser 50 milliards d'euros dans les administrations centrales et les collectivités locales, ainsi que 20 milliards dans les dépenses sociales (baisse de remboursement de soin, aides au logement rabotées etc...).  Enfin, il est prévu de supprimer 300.000 postes de fonctionnaires (bien plus que sous Sarkozy), tout en sanctuarisant les postes de la police, défense, justice et de l'éducation nationale. On conclut donc que l'ajustement se fera essentiellement sur la fonction publique hospitalière. 

 

Du côté des impôts, ils concernent principalement les entreprises (surtout les grandes), et les riches (suppression de l'ISF, baisse de la fiscalité sur les dividendes). Rien pour les classes moyennes. Pire, il est prévu une augmentation d'un point de la TVA (soit 8 milliards d'euros en plus). 

 

Le tableau 1 montre les différentes mesures annoncées par Juppé et leur équivalent en point de PIB. 

 

 

 

Pour estimer l'effet d'une telle cure d'austérité, il faut avoir recours aux "coefficients multiplicateurs" qui mesurent l'impact d'une impulsion budgétaire (hausse ou baisse des impôts ou des dépenses publiques) sur le PIB. L'OFCE s'est livré à plusieurs reprises à cet exercice. Ainsi, une hausse de la TVA de l'équivalent d'un point de PIB (20 milliards d'euros environ) entraîne une baisse du PIB de 0,8 point. A l'inverse, un rabotage des prestations sociales de 1 point de PIB, ampute le PIB d'environ 1 point. 

Il faut noter que plus l'activité économique d'un pays est faible (avec une politique monétaire ultra-acommodante), plus ces multiplicateurs (notamment ceux des dépenses publiques) sont élevés. 

 

 

Le tableau 2 récapitule les coefficients multiplicateurs sur 5 ans des différents instruments budgétaires. 

 

 

En multipliant chaque impulsion budgétaire par le coefficient multiplicateur correspondant, on obtient l'impact cumulé de la politique de Juppé. 

Les baisses des dépenses publiques s'effectuent graduellement chaque année. En revanche, les baisses d'impôts sont toutes opérées en 2017 (ce qui ne change pas grand chose aux résultats). 

Le tableau 3 résume les résultats obtenus : au bout de 5 ans, la cure austérité juppéiste nous ferait perdre l'équivalent de 3,8 points de PIB. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on ne peut pas s'attendre à ce que Sarkozy et Hollande ont fait hier fonctionne aujourd'hui par l'opération du saint Juppé. 

 

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